Sous la plume de Jeanne

Sous la plume de Jeanne

Oh mot faune et autres je de maux

Saviez-vous que le français est l’une des langues qui comptent le plus grand nombre d'homonymes ? Pour mémoire, des homonymes sont des mots qui ont la même prononciation mais dont le sens est différent. Dans la famille des homonymes, on trouve les homophones qui se prononcent de la même façon, mais dont l’orthographe est différente.

 

Il lustra scie on Bisou

 

 

Demain / Deux mains :

 

Demain :

A répéter demain ! L’on perd toute sa vie (Proverbe médiéval)

La vérité de demain se nourrit de l'erreur d'hier (Antoine de Saint-Exupery)

 

Deux mains :

Deux mains qui se cherchent, c'est assez pour le toit de demain (André Breton)

 

 

Désert / Des airs :

 

Désert :

Ce qui embellit le désert c’est qu’il cache un puits quelque part (Antoine de Saint-Exupery – Le Petit Prince)

 

Des airs :

…de ne pas y toucher.

 

 

Défaits / Des faits :

 

Défaits :

Les traits défaits après avoir enfin trouvé l’anagramme de « défaits » : sédatif ( !)

 

Des faits :

Considérez les occasions où votre chagrin et votre colère vous ont causé plus de souffrances que des faits eux-mêmes (Marc-Aurèle)

 

 
Fêlés / Fais-les :

 

Fêlés :

Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière (Michel Audiard)

 

Fais-les :

Et fais-les sourire après qu’ils aient lu la phrase d’Audiard…Voilà Clin d'œil

 

 

Des livres / Délivre :

 

Des livres :

Lire des livres délivre.

 

Délivre :

Et délivre nous de la tentation…. Nous ne devons épouser que de très jolies femmes, si nous voulons qu’on nous en délivre (Sacha Guitry)

 

 

Entrechat / Entre chats :

 

Entrechat :

Délicieuse sonorité pour ce mot qui vient du mot italien salto intrecciato (saut entrelacé).

Par instants les solistes perdent pied ; on n'entend, quelques mesures durant, qu'un beuglement scandé d'ophicléide qui marque encore le premier temps, puis un brusque entrechat de clarinette. (Gide, Journal,1905)

 

Entre chats :

Réunion confidentielle cultivant l’entre-soi félin.

 

 

Défauts / Des faux :

 

Défauts :

Les amis vantent les mérites du mort, de la maison à l’église ; de l’église au cimetière, ils parlent de ses défauts, et du cimetière au bistrot, de ses vices inavouables.  (San Antonio, Réflexions définitives sur l’au-delà)

 

Des faux :

….bonds,

….semblants,

…. pas,

….jours.

 

En dépit de ses temples renversés et des faux dieux adorés sur leurs ruines, elle est immortelle comme le parfum des fleurs et la splendeur des cieux (George Sand 1851 "André").

 

 

Des amours / Désamour :

 

Des amours :

Au pluriel, toujours féminin...es Bisou

 

Mais le vert paradis des amours enfantines […].
Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire

 

Désamour :

Trouvé sur internet : « désamour » mot valide au Scrabble. Hum, hum… Incertain

 

Nostre desamour et nonchalence d’aimer (Nature d’amour, f° 305, cité dans le Glossaire français de Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye, XVIe siècle)

 

 

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Image par Alexas_Fotos de Pixabay


28/11/2020
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Happy souvenirs de Merry Christmas, et puis voilà

Lorsque l’on commence à faire du tri, plusieurs options se présentent à nous :

 

- On jette avec la sensation de se sentir plus léger,

- On range au risque de ne plus retrouver l’endroit où l’on vient de ranger. Après tout, notre bazar, il a quelque chose de rassurant. Jusqu’au jour où il devient étouffant.

- On découvre des photos. Alors deux options se présentent à nous :

  . On sourit en revoyant les couettes façon Fifi Brindacier que l’on portait à 6 ans dans le jardin d’une grand-mère.

  . On verse une larme. Non, non, pas de tristesse. Cette larme a au contraire le parfum d’un moment heureux que nous n’oublierons jamais. Et  puis ces larmes-là, ça vous vient comme ça, boum ! Ça vous montent aux yeux et puis….

 

Quel âge ai-je sur ces photos découvertes récemment dans cette enveloppe kraft ? De 1 à 5 ans peut-être. L’une d’elle attira mon attention. Cette photo, je peux la dater très précisément. Nous sommes à Noël. En arrière-plan, un sapin enguirlandé. Sur ce cliché noir et blanc, j’ai 14 mois. Fière comme Artaban sur son cheval à bascule en bois, je me dresse debout avec énergie tenant d’une main l’oreille du canasson, de l’autre un paquet de cigarettes « Royale » que je tendais à….. Qui fumait ? Mon père ? Oui. Mon grand-père paternel également. Je ne me souviens pas que mon père ait fumé cette marque de cigarettes.  J’en conclus que ce paquet appartenait à mon grand-père Roger et que je devais lui remettre son dû avec ce sourire que peuvent avoir les enfants : spontané, rempli d’amour pour ceux qui les aiment. Trois mois plus tard, mon grand-père paternel quittait cette terre. Brutalement. Jeune. De lui, je n’ai que quelques souvenirs. De ceux que l’on me raconte. Du côté paternel, j’étais la première petite-fille de la famille. Autant vous dire que j’étais portée aux nues par mes grands-parents comme un cadeau des dieux. Une petite déesse. Mon grand-père sifflait admirablement bien. Il s’était mis en tête de m’apprendre à faire de même. C’est ainsi qu’il me mettait sur ses genoux, sifflait comme un pinson, m’invitant à l’imiter comme un petit singe. En guise de réponse, je formais un poussif « fo-fo » avec ma bouche ; vous savez, comme lorsque l’on « fouffle » sur la purée parce qu’elle est trop chaude.

 

D’autres happy souvenirs de Noël sont ainsi remontés à la surface avec la tranquillité d’un plongeur sous-marin qui revient doucement vers la lumière. Sans peur, sans précipitation, serein.

 

Sur cette photo, je dois avoir 5 ans. Les festivités se déroulent du côté maternel. Nous sommes chez ma grand-mère. Je porte un petit kilt bien au-dessus du genou (c’était l’époque des mini-jupes…) qui laisse apparaître deux cuissots bien rebondis. Aux pieds, des vernis noirs. A boucle, je précise car cela fait toute la différence. Déjà, c’est chic. Surtout quand le potelé de mes pieds tentait de s’y faire un place. Oh ! Mais il y a du monde à ce Noël dis-donc…Ma grand-mère, mes parents, la sœur de ma mère, son époux, leur fille – ma cousine – de 2 ans mon aînée. Et une femme âgée, très âgée. Mon arrière grand-mère maternelle. Petit chignon crotte, un tablier de cuisinière qui ne la quittait jamais, des rides de soleil autour des yeux (bien que la vie ne l’ait jamais épargnée), c’était « mémère Grand ».

 

Mémère Grand avait sur le visage, sur les mains de drôles de tâches. De ces tâches qui marquent le pas sur le temps qui passent. Plus tard, j’appris que ces tâches s’appelaient des fleurs de cimetière. Bien-sûr, pour une enfant de 5 ans, voir une personne très âgée, avec des tâches sur le visage, les mains, ça fait bizarre. Mais, moi, mémère Grand, je l’aimais comme ça. Parce qu’elle n’était que douceur, gentillesse, et amour. Les enfants sont des éponges. Ils sentent  spontanément vers qui aller. Mémère Grand, je la  collais autant que possible. Elle sentait si bon. Sa peau avait le parfum de la poudre de riz. Sur cette photo, ma cousine et moi entourons notre arrière grand-mère. Il manque quelques dents aux sourires des deux arrières petites-filles. La petite souris avait dû faire son œuvre quelques jours plus tôt. Mais les sourires sont là et tellement là. Mais, qui, pour prendre la photo, a été placer un ridicule chapeau de papier sur la tête de ma pauvre mémère Grand qui se laisse faire de bonne grâce ?

 

Ce soir-là, le grand barbu avait apporté à ma cousine, une panoplie de majorette. Pour moi, une guitare. Ça c’était sur la liste. Mais ces deux poupées ? Qui avait bien pu dire au grand barbu de nous apporter chacune la même poupée « pour qu’il n’y ait pas de jalousie ». Allez savoir…. Quelques mois plus tard, mémère Grand entrait au paradis des grands-mères au petit chignon crotte, au tablier de cuisinière, aux rides de soleil autour des yeux.

 

Là, sur cette photo, je me souviens très bien. Nous sommes chez ma grand-mère paternelle. La table est belle. Une nappe rouge, un sapin énorme, un festin d’ogre nous attend. Personne n'entre dans ma cuisine, compris ? La cheffe des fourneaux, c’était elle, ma grand-mère paternelle. Un cordon bleu qui avait ce talent inné pour rendre les repas délicieux, des plus ordinaires aux plus festifs. Et puis chez ma grand-mère, j’avais le droit de tout faire. Manger du chocolat avant le dîner du Réveillon, courir autour de la table, mettre des disques de Noël et chanter autour du sapin. Excitée comme une puce, je n’avais de cesse de faire accélérer le dîner car à l’issue du repas, qui viendrait toquer à la porte d’entrée ? Alors quand est-ce qu’il vient le Père Noël ? Bientôt, bientôt. Attends que l’on finisse la dinde, puis les fromages, puis la bûche, puis…. Oui mais quand est-ce qu’il vient le Père Noël ? Mais de  qui tiens-tu pour avoir autant de suite dans les idées ? C’est quoi avoir de la suite dans les idées ? Et puis quand est-ce qu’il vient le Père Noël ?

 

Enfin, ça y était ! A peine la dernière bouchée de bûche avalée, que je remettais mon disque favori. Bon, il vient maintenant le Père Noël ? Quelques minutes plus tard, ma mère, les sœurs des mon père et moi avions rejoint une chambre pour nous y « cacher ». Le Père Noël ne vient que s’il a le champ libre, comprends-tu ? S’il voit du monde, entend du bruit…. donc il faut aller te cacher vite. Ah ? Mais où il est Papa ? Il arrive. Oui mais où il est ? Et pourquoi Mamie n’est pas là ? Mamie prépare un petit en-cas pour le Père Noël pour lui donner des forces. Ah ? Puis mon père nous rejoignait. Il sentait à plein nez la mandarine et le chocolat. Bon, je crois qu’il ne va pas tarder, me disait-il. Quelques secondes plus tard, j’entendais cogner à la porte. Mais il a pas vu qu’il y avait une sonnette ? Chut…. Il va t’entendre. Mais qui va lui ouvrir ? Mamie ? Chut…. Et là, boum, boum, boum, boum faisait mon cœur. Car vous me croirez si vous voulez mais le Père Noël, moi je l’entendais entrer dans l’appartement, faire un raffut de tous les diables, puis…Plus rien. Un silence vite interrompu par ma grand-mère. Ça y est ! Je crois qu’il y a des choses qui t’attendent Jeanne…Tu l’as vu ? Il est gentil ? Ah non ! Personne ne le voit. Ah ? Sortant comme une fusée de la chambre, j’arrivais dans le séjour ventre à terre. Ce n’est pas tant les cadeaux déposés au pied du sapin qui suscitait mon intérêt que ces épluchures de mandarine, ces papiers de papillotes de chocolat qui jonchaient la nappe.  Bah dis-donc Mamie, ça mange beaucoup un Père Noël ! Tout ça ? Et tellement vite ! Oh, si tu savais Jeanne ! Et encore, il s’est retenu. Sinon pour sûr, il aurait mangé plus encore ! Une fois les cadeaux déballés, les uns et les autres avaient encore quelque place dans leur estomac pour y placer un chocolat, une mandarine, un reste de bûche. Tu veux un chocolat Papa ? Une autre fois si tu veux bien. Je fais régime. Mince, mon père, ce bec sucré, refusait du chocolat ? Bizarre...

 

C’étaient les happy souvenirs de quelques Merry Christmas de Jeanne

 

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Image par Alexas_Fotos de Pixabay


22/11/2020
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Cro mignons

Alors que j’errais comme une âme en peine sur la toile, en quête d’information sur les apophtegmes….

- Toi-même !

Calmons-nous. Je sens quelques esprits à vif... Apophtegme n’a rien d’une insulte. Dommage, ça aurait pourtant de la gu.... de traiter ceux qui nous courent sur le haricot d’apophtegme. Certes, il faut s’entrainer sur la prononciation. La "sur numération" de consonnes ne rend pas l’exercice aisé. Mais je m’égare.

 

Qu’est-ce qu’un apophtegme ? C’est un, comment dire…un adage, une maxime, une parole mémorable. Des apophtegmes, il y en a de très sérieux sortis de la bouche de gens lettrés (Croyez-en un vieux philosophe qui connaît les choses dont il parle et a fait la rude expérience des apophtegmes qu’il émet. — Georges Courteline, Boubouroche). Il y en a de beaucoup plus légers, sortis d’on ne sait où et qui ont pour vertu de nous dérider les zygomatiques. Ainsi "les moulins, c’était mieux à vent" ; "si le ski alpin, qui a le beurre et la confiture ?" etc, etc…

 

Lorsque je me promène sur la toile, je cultive l’art de prendre des chemins de traverse, d’aller là où ma curiosité me mène. Exemple : me voici partie pour chercher une définition, une information sur un sujet en particulier et me voilà arrivée quelques instants plus tard à lire un article qui m’explique pourquoi les feuilles sont vertes, un autre qui me raconte de quelle façon notre avion mythique, le Concorde, a failli se faire chiper son « e » final (et s'appeler "Concord") à cause de nos voisins mangeurs de gigot à la menthe.

C’est ainsi qu’en recherchant des exemples d’apophtegmes, je me suis retrouvée sur un site à lire des mots d’enfants savoureux et si brillants parfois qu’il nous arrive d’en rester comme deux ronds de flan, de ces mots qui vous coupent le sifflet.

 

Souvenir…. Je devais avoir 4 ou 5 ans... J’entendais ma mère me dire parfois qu'elle devait aller faire une course à Monoprix. Lorsqu'il m’arrivait de l’accompagner, je lui disais tout naturellement "On va à Tonoprix maman ?"

 

Parce que rien n’est grave, que tout est précieux, d’autant lorsque cela sort de la bouche des enfants, petit florilège de paroles de "petits d’hommes":

 

Amélie à sa maman :

- Les garçons dans ma classe eh ben, y sont pas tous gentils.

- Ah oui, mais pourquoi ma chérie ?

- Ben tu sais, ils disent des…(chuchotant pour que personne ne l’entende), des siertés. Et même des grosses siertés !

 

A deux ans et demi, Oscar allume la lumière et la "délume" (quand il l'éteint...).

 

A 6 ans, Gaspard complète un formulaire trouvé dans une boîte de "Vache qui rit" pour gagner des cadeaux. Il écrit son nom, son prénom, son âge, puis demande à sa maman : "Qu'est-ce que j'écris à sexe, je dis que j'ai un zizi?"

 

Coralie, 5 ans, fait un dessin…

- Tu fais un dessin à papa ?
- Non, c'est pour maman !
- Ha ? alors pourquoi tu as écrit "papa" dessus ?
- Parce que je sais pas écrire maman !

 

Les états d’âme de Louise, 2 ans et demi :

- Moi, le Père Noël, il m'apporte touzours des tétines bleues, pffffffffff (soupir), c'est ma vie...

 

Paul, 4 ans :

- Maman tu peux me donner le copin du pain.....(la mie du pain ....l'ami...)

 

Axel, 4 ans a un problème avec l’expression "appeler l’ascenseur". Chaque matin, il appuie sur le bouton tout en criant "Ascenseeuurrr !"

 

Alexandre regarde des avions décoller et atterrir.

- Oh, maman un avion qui décolle. Et là il y en a un qui recolle! "

 

Une amie vient à la maison et demande à Célestin de lui faire une bise.
- Mais pourquoi tu me demandes toujours une bise, je ne suis pas une mouche, je ne fais pas bizzzz... bizzzz...

 

Roméo, 5 ans, étudie la généalogie et ses ancêtres en grande section en faisant un arbre généalogique. Sa maîtresse lui demande comment était son grand-père il y a 50 ans.

- Ben, c’était un singe.

Tête du grand-père ? Joker !

 

Anaïs, 4 ans regarde sa mère faire de la pâte à crêpe et lui dit :
- Faut bien faire attention à enlever tous les gros mots de la pâte….

 

 Drôles, touchants, les enfants ont un génie qui n'appartient qu'à eux. Et c'est tant mieux.

 

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Image par Bruno /Germany de Pixabay


14/11/2020
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Bienvenue en Absurdie

Il m’arrive souvent de parler à mon chat. Ce qui me rassure, c’est que je suis loin d’être la seule. Pour le moins que cela puisse être rassurant. Si Big Brother avait écho de ce qui se roucoule derrière le feutré de ma porte lorsque je taille la bavette avec mon félin, pour sûr, la mise sous tutelle me guetterait. Pas qu’un peu. Quant à mon chat, il deviendrait célèbre, aurait sa page Facebook, pour être l’unique félin à être doué de langage humain. L’unique ? Voyons, voyons…Souviens-toi du chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles avec ses grands yeux qui te faisaient peur et ses conversations philosophiques. Prosopopée que tout cela. Proso… ? Je vous explique. Lorsque l’on fait parler un animal, un objet, une abstraction, nous utilisons, une figure de style appelée "prosopopée".

 

En ces temps compliqués (merci le virus chinois ! Comme dit mon ami Donald T Clin d'œil) nos habitudes ont été bouleversées. Nos cerveaux, après avoir chauffé sévère, se sont mis en mode contraint d’adaptation. Plus ou moins, selon les natures de chacun. Me concernant, les répercussions ont eu un effet assez perturbant sur ce qui me sert justement de cerveau.

Je vous raconte. Ce matin-là, je me levais l’œil hagard, passablement endormie. Alors que j’entrais dans la cuisine, j’entendis derrière  moi, une voix me dire :

 

- Salut Jeanne, bien dormi ? Il est l’heure de t’en payer une bonne tranche !

 

Je me retournais. Personne.

 

- Dis-donc, le grille-pain, on t’a sonné ?

- Oh, le pain complet ! Ce n’est pas parce que Monsieur n’a pas subi de raffinage qu’il faut la ramener.


J’entendais des voix. Mince alors ! Le confinement ne me réussissait pas. Entre mon réfrigérateur avec lequel j’étais en froid, ma bouilloire qui bouillait d’impatience de ne plus pouvoir sortir comme elle le voulait, mon aspirateur qui ne m’inspirait plus confiance, le lave-linge qui commençait à tourner mal, les torchons et les serviettes qui en avaient assez d’être mélangées, tout cela virait sérieusement en eau de boudin.

 

D’ailleurs j’en parlais à mon four encore hier. Il était du même avis. Il me racontait qu’il s’était justement disputé avec le camembert qui se la coulait douce. Plus tard dans la journée, c’était au tour des œufs qui avaient manifesté leur irritation à en avoir assez d’être dans le même panier ; et lorsqu’il me prit de leur dire que le monde marchait sur la tête à force de chercher constamment le poil dans l’œuf, alors là, ce fut une insurrection ovoïde. J’essayais de leur expliquer que tout cela n’était pas si grave et que nous pourrions peut-être passer l’éponge. Bigre, que n’avais-je encore dit ! L’éponge à vaisselle le prit mal. Très mal.

 

- Enfin, calmez-vous ! Ce n’est pas la fin des haricots !

 

 Et là, ce fut la révolution au rayon primeur du réfrigérateur.

 

- On savait depuis longtemps que tu voulais te débarrasser de nous. Pfftt !

 

Quoi que je dise pour tenter de calmer les esprits, cela ne faisait que s’empirer.

Enervée, je décidais d’en découdre. Ce climat insurrectionnel ne pouvait plus durer. Lasse du politiquement correct, je décidais de mettre les pieds dans le plat, quitte à froisser les susceptibilités ("Dis donc, t’as pas ailleurs pour poser ton 39 fillette ?" me répondit le plat à gratin).

 

- Cela suffit. Mettons chacun un peu d’eau dans notre vin et tout ira bien.

- Et puis quoi encore ? déclara le Chardonnay qui était en train d’expliquer à la poire que même si on la coupait en deux, elle serait toujours aussi belle.

- Chacun de nous doit prendre sur soi. Sinon nous finirons par sucrer les fraises !

- T’as vraiment du bol que ce soit pas la période des fraises ; sinon t’en aurais entendu des vertes et des pas mûres ! me répondit le beurre ramolli du ciboulot.

 

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Image par MJ Jin de Pixabay


06/11/2020
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Humus & Herminette

"Elle l’attend seule, dans la grotte. Lui, parti chasser dès potron-minet, reviendra s’il n’a pas été dévoré par une bête féroce". Ah quel courage ces hommes préhistoriques ! Ça c’était des hommes, des vrais, des musclés, des poilus, des chevelus de partout…Coupé ! On la refait ! C’est du grand n’importe quoi ! Qui a dit que les femmes attendaient, passives, le retour du héros chasseur ? Sûrement pas Marylène Patou-Mathis, préhistorienne patentée,  qui s’est employée à détricoter certains clichés dans son dernier ouvrage "L’homme préhistorique est aussi une femme" (Allary Editions). Et non, les femmes préhistoriques n’étaient pas des as de la balayette en poil de blaireau ! Et non, elles ne se faisaient pas tirer les cheveux par des hommes mal dégrossis ! Et re non, elle ne sortaient pas que pour cueillir des baies. La preuve est enfin apportée par Marylène Patou-Mathis qui nous explique qu’il en était tout autrement.

 

Cassons les clichés : les femmes préhistoriques participaient à la chasse, tuaient les animaux, travaillaient les peaux, taillaient les outils…Peut-être ont-elles même peint les grands aurochs de Lascaux (Oh ?). Les vestiges archéologiques ont montré qu’il n’existait aucune division sexuée du travail. Mieux. D’après les études sur les restes des Néandertaliens, elles chassaient, avaient un bras plus développé que l’autre. Sans doute devaient-elles lancer la sagaie. Donc, elles tiraient et étaient aussi costaudes que des lanceurs de poids et de javelot actuellement. Alors, les hommes, on la ramène plus ? On fait profil bas ? Sus aux clichés machistes et grossièrement virils. C’est donc avec un plaisir non feint que je vais vous raconter ici, la véritable vie d’un couple préhistorien tel que cela se déroulait alors.

 

Nous sommes quelque 30 000 ans avant notre ère. Il fait frais ce matin. Comme à son habitude, Humus glande sur sa couche. La peau qui le recouvre est tellement sale qu’elle empeste toute la grotte. Herminette fulmine.

 

- Humus ! Debout ! Je dois y aller.

- Où ma douce ?

- D’après toi ? Chasser, tête de blaireau ! Aère-moi cette peau de bête dehors. C’est une puanteur.

- Ça sent juste la bête ma douce.

- Arrête de m’appeler ma douce, ça m’irrite le poil. Je t’ai dessiné sur la paroi la liste de choses à faire aujourd’hui.

- Ah ? Tout ça ?

 

L’air déjà épuisé avant d’avoir commencé, Humus regardait ce qu’Herminette lui avait dessiné.

 

- C’est beaucoup non ?

- N’oublie pas non plus d’initier Croâ à la taille du silex.

- A son âge ?

- Tu veux en faire un mou du genou ?

- Sois prudente ma douce. Rapporte nous un beau renne !

- Grr….A propos de viande, demain j’ai un brunch-mammouth chez Amanite.

- Phalloïde ?

- Non. Chez sa cousine, Amanite jonquille.


Herminette s’approcha de Croâ, qui, tout comme son père, émergeait à peine.

 

- A ce soir mon Croâ-Croâ. Veille bien sur ton fainéant de père.

- J’ai pas envie de manger du renne moi…

- Comment ça ? Tu ne veux pas être un grand gaillard bien musclé comme…

 

Herminette regardait Humus, résignée.

 

- Comme ton oncle ?

- Je ne veux plus manger de viande.

- Quoi ça mais c’est quoi ça ? demanda Herminette abasourdie par la réponse de son rejeton de fils.

- J’ai envie de pignons de pin, d’écorces d’arbres et de champignons.

- What ? Tant que tu y es, deviens végétarien ! Qu’ai-je fait aux esprits pour me coltiner une famille pareille ! A ce soir les blaireaux et quand je reviens, je veux que tout soit nickel chrome.


Au carrefour du grand chêne, les femmes s’attendaient, toutes armées de sagaies. Elles avançaient à pas lourd vers le lieu de chasse. Ça tatassait sévère.

 

- Franchement, on n’est pas vernies avec nos homo minus. Bonjour la charge mentale…

- Vous savez pas la dernière ? Le mien s’est mis dans la tête de peindre des dessins sur les parois. Manquerait plus que ça ! Il va me saloper mes murs !

- Oh ? Tu fréquentes un artiste ?

- Un bonhomme qui dessine avec une pointe en poils de blaireau sur une paroi, tu trouves que c’est un artiste ?

- En tout cas, il a de l’imagination. Moi, le mien, c’est de la taille de silex H24 ! On ne risque pas d’en manquer ! La grotte en est pleine.

- Tu devrais ouvrir un « clix and collex ».

 

Quelques heures plus tard, les femmes étaient sur le chemin du retour. Le soir était déjà tombé. Une nuit d’encre enveloppait la forêt. La grotte était illuminée de l’intérieur. Humus avait fait montre d’initiative pour une fois et avait sûrement eu l’idée du siècle : faire du feu pour le repas du soir.  Il était penché sur le foyer quand, soudain, il vit une ombre se mouvoir sur la paroi.

 

- Hello les zombies, c’est moi !

- Tu m’as fichu une de ces trouilles ! C’était toi l’ombre sur la paroi alors ?

- "Nous ne sommes que des prisonniers enchainés dans une caverne et qui ne voient du vrai monde que les ombres projetées par la lumière du dehors sur le mur de la paroi du fond"….conclut Croâ.

- Tu vas bien mon chéri ? demanda Herminette à son fils qui avait le regard fixé sur la paroi.

- Aujourd’hui, j’ai reçu un message d’un certain Platon. Il m’a parlé longuement du mythe de la caverne de la République…. Un message venant du futur.

- Humus ! Que lui as-tu donné encore à fumer ?

- Rien ma douce ! Sur ta tête, je le jure !

- Et ça, c’est quoi ?

- Quoi ça ?

- Cette horreur sur la paroi ?

- Ça ? reprit timidement Humus. Ce sont des aurochs.

- Tu as taggé les murs de notre grotte ? Tu es un fou furieux !

- Calme-toi ma douce. C’est tendance tu sais. Dans quelques années, cela sera vintage.

- Vintage ? Que le diable t’emporte ! Quelle malédiction m’a donc frappée pour vivre avec deux barrés comme vous !

 

Je vous rassure, Herminette et Humus se sont rabibochés à l’heure où la forêt s’est enveloppée de son silence nocturne. Après avoir fait crack-crack autour du feu fatigué, ils se sont endormis. Et le lendemain matin, tout est redevenu comme avant :  Herminette s’est levée avant son Humus, qui glandait encore au lit, qui continua à l’appeler "ma douce", qui….

 

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Image par grafikacesky de Pixabay


30/10/2020
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